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Grandir autrement

Donner un prénom…

Derrière le choix d’un prénom se cachent une histoire familiale, des traditions, des croyances et parfois de longues discussions.

Bols bretons personnalisés avec des prénoms

Un prénom, une histoire, une identité qui nous accompagne toute la vie.

Article publié le 8 juin 2009 - Mise à jour le 30 juillet 2026

Que ce soit un casse-tête ou une évidence parce que l’on sait depuis des années, avant même qu’ils soient conçus, comment nous souhaitons prénommer nos enfants, le choix des prénoms n’est jamais anodin.

Il n’y a qu’à voir le nombre de questions et de remarques que suscite ce sujet dès l’annonce de la grossesse…

Entre celui qui vous supplie de ne pas choisir Tartempion parce que Tartempion était un de ses collègues peau de vache entre 1979 et 1984, la future grand-mère qui aimerait que votre fille porte le prénom de sa propre grand-mère, les choix qui paraissent trop audacieux, trop classiques, trop entendus, trop « inventés », trop dissonants ou trop mignons…

« Ah oui, c’est mignon pour un bébé, mais tu as pensé à lui quand il devra chercher du travail ? » ou encore : « Ah oui, mais non, ce n’est juste pas possible avec votre nom de famille ! »

Que cette quête du prénom soit source de sueurs froides ou de plaisir pour vous, Ti-Bahou a prospecté dans différentes cultures afin de partager avec vous des traditions, des pratiques et des croyances qui tournent autour du prénom.

Si vous souhaitez nous faire connaître les traditions de votre culture, contactez-nous. C’est avec grand plaisir que nous enrichirons cette rubrique.

Traditions autour de la naissance

Quand le prénom est-il donné à l’enfant ?

Dans les pays européens, le choix du prénom précède généralement la naissance du bébé ou intervient immédiatement après celle-ci. En France, la quête du prénom commence parfois dès l’annonce de la grossesse.

Mais ailleurs, il arrive que l’on prenne bien plus de temps pour trouver le prénom de son enfant. Certaines familles craignent que trop anticiper ce choix attire le malheur. D’autres préfèrent attendre de mieux connaître l’enfant afin de lui donner un prénom qui reflète sa personnalité et sa manière d’être.

Attendre pour mieux connaître l’enfant

Dans certaines régions d’Asie, les enfants seraient nommés à la naissance « petite souris ». Ils ne recevraient leur prénom définitif qu’à l’âge de six mois.

On attendrait alors que l’enfant affirme son caractère afin de choisir son prénom en fonction de ce qu’il aura montré de lui-même.

Dans d’autres cultures, notamment au Soudan ou au Sénégal, on pourrait attendre d’un mois à un an avant de donner à l’enfant le nom d’un ancêtre avec lequel il présenterait des ressemblances physiques ou morales.

Attendre que l’enfant soit « en âge de comprendre »

Chez les Tucanos d’Amazonie, l’enfant ne serait prénommé qu’à l’âge de trois ans, lorsqu’il serait considéré comme capable de comprendre. Avant cet âge, tous les enfants seraient appelés « sans nom ».

Chez les Txikaos, le bébé recevrait son nom lorsqu’il sait tenir sa tête droite tout seul. Avant cette étape, il serait considéré comme n’étant pas encore totalement achevé sur le plan biologique.

S’assurer de la bonne santé du nouveau-né

Dans de nombreuses cultures, la jeune maman et son bébé observent une période de retrait plus ou moins longue. Ce n’est qu’à l’issue de cette période que l’enfant acquiert pleinement une existence sociale et reçoit son prénom.

Cette pratique se retrouverait notamment dans plusieurs régions d’Afrique subsaharienne. Le délai correspondrait alors au temps jugé nécessaire pour s’assurer de la bonne constitution du bébé.

L’entrée de l’enfant dans la communauté

Dans certaines traditions musulmanes

Le choix du prénom intervient traditionnellement au septième jour après la naissance. C’est à ce moment qu’a lieu l’« akika », une célébration de la naissance dont les rites peuvent varier selon les régions et les familles.

Dans certaines traditions juives

On retrouvait notamment en Alsace la tradition selon laquelle le bébé ne devait pas être nommé publiquement avant la cérémonie de la circoncision, afin de ne pas attirer sur lui l’attention de forces maléfiques.

Dans les traditions chrétiennes

Une croyance semblable aurait existé chez certains catholiques et protestants jusqu’au XIXe siècle : le nom du bébé ne devait pas être prononcé avant son baptême.

Prénommer l’enfant le plus tôt possible

À l’inverse, dans certaines régions de Turquie, le prénom devait traditionnellement être choisi avant la naissance. La sage-femme le prononçait au moment où elle coupait le cordon, afin que le nouveau-né possède une identité dès cet instant.

Une tradition semblable se retrouverait en Malaisie, où le prénom pourrait toutefois être modifié plusieurs fois au cours de la vie.

Chez les Inuits également, le prénom était donné très tôt. L’« âme-nom » était considérée comme liée à l’« âme-vie » de l’enfant et ne pouvait entrer en lui qu’une fois son prénom murmuré à son oreille. Les cris du nouveau-né étaient parfois interprétés comme une demande de prénom.

Histoires, lignées et symboles

Quel prénom choisir ?

Selon les cultures, un prénom peut rappeler un ancêtre, évoquer les circonstances de la naissance, indiquer la place de l’enfant dans sa fratrie ou exprimer les souhaits de sa famille pour son avenir.

Le prénom d’un ancêtre

Dans de nombreuses cultures, le prénom situe l’enfant dans une lignée. Il peut être celui d’un ancêtre ou d’un membre de la famille que l’on souhaite honorer.

Cette pratique existe dans plusieurs cultures africaines, où le prénom peut parfois rester secret et n’être connu que de l’intéressé et de sa famille proche.

Elle se retrouve également dans les sociétés européennes, où il est fréquent de transmettre le prénom d’un grand-parent ou d’un arrière-grand-parent, comme premier, deuxième ou troisième prénom.

Le sort et la divination

Dans certaines cultures, le choix du prénom pouvait être remis au sort ou à la divination. Chez les Soussous de Guinée-Conakry, une bague était trempée dans de la pâte de riz, puis projetée sur un mur enduit de cendre et d’eau en prononçant le nom d’un défunt.

Lorsque la bague restait collée, cela signifiait que ce défunt habitait symboliquement l’enfant, qui héritait alors de son nom.

Un prénom lié au jour ou aux circonstances de la naissance

En Afrique ou en Amérique latine, le prénom peut parfois correspondre au jour de la semaine où l’enfant est né ou au saint célébré ce jour-là.

Cette pratique a également existé en France et dans les Antilles, où des prénoms comme « Fête Nat » ou « Ascension » n’étaient pas rares.

Dans d’autres cultures, le prénom peut évoquer le lieu de naissance, un événement familial ou les conditions particulières de l’accouchement.

Un prénom créé pour l’enfant

Dans de nombreuses cultures, les prénoms ne sont pas choisis dans une liste établie. Ils peuvent être entièrement créés pour chaque enfant.

Dans plusieurs sociétés asiatiques, le prénom possède une signification. Il peut renvoyer à une qualité morale, à un élément de la nature, à un symbole ou à un événement survenu au moment où le bébé est arrivé dans la famille.

Le prénom n’est donc pas toujours choisi uniquement parce que sa sonorité paraît jolie.

La signification des caractères en Chine

En Chine, les différents éléments composant les caractères du prénom peuvent être pris en compte : la sonorité, la signification et l’aspect graphique.

Le prénom peut situer l’enfant dans sa lignée, tenir compte de l’horoscope, de la date et des circonstances de la naissance, de l’histoire familiale ou encore chercher à lui porter chance pour l’avenir.

Le lieu et les circonstances de la naissance

Dans plusieurs sociétés africaines, le prénom peut faire référence au lieu de naissance. Il pourra par exemple signifier « homme de la brousse ».

Il peut également évoquer les circonstances de l’accouchement. Un enfant né par le siège pourra ainsi porter un prénom signifiant « né à l’envers ».

Le rang dans la fratrie

En Afrique, en Chine, au Vietnam et dans d’autres régions du monde, le prénom de l’enfant peut indiquer son rang dans la fratrie.

Le prénom Samba, très fréquent en Afrique de l’Ouest, signifie ainsi « deuxième fils » en pulaar.

Plusieurs prénoms occidentaux sont également issus de cette tradition, même si leur sens est aujourd’hui souvent oublié, comme Quentin ou Sixtine.

Le prénom rencontré au fil d’une lecture

Dans certaines sociétés de tradition musulmane, le Coran serait lu pendant les huit jours suivant la naissance. La lecture s’arrêterait à une heure déterminée le huitième jour, et le dernier prénom lu serait donné au bébé.

Un prénom choisi par l’enfant

Dans certaines cultures, on laisse symboliquement à l’enfant le choix de son prénom.

Selon les cas, une liste de prénoms est criée ou murmurée à son oreille. Les adultes observent ensuite ses réactions afin d’interpréter son approbation ou son rejet. Cette tradition se retrouverait notamment chez les Mossis, les Inuits et dans certaines sociétés asiatiques.

Prénoms publics et prénoms intimes

Plusieurs prénoms ?

Dans plusieurs cultures, un enfant peut recevoir un prénom officiel et public, accompagné d’un prénom plus intime, connu principalement de sa famille proche.

Deux prénoms dans la tradition vietnamienne

Dans certaines traditions vietnamiennes, le bébé reçoit deux prénoms : un prénom public et un prénom intime.

Ce prénom intime avait notamment pour fonction de tromper le mauvais génie qui, attiré par un beau prénom, pourrait emporter le bébé encore fragile.

L’enfant conserve généralement ces deux prénoms, mais le prénom officiel devient progressivement celui qui est utilisé dans la vie sociale.

Conserver un lien avec plusieurs cultures

Cette pratique se retrouve aussi dans certaines familles ayant quitté leur pays d’origine.

Dans la communauté vietnamienne vivant en France, par exemple, il n’est pas rare qu’un enfant possède un prénom français et un prénom vietnamien. Le premier facilite son inscription dans la société où il grandit, tandis que le second conserve une dimension familiale et culturelle plus intime.

Plusieurs prénoms en France

Pour l’état civil français, les parents peuvent choisir de donner un ou plusieurs prénoms à leur enfant.

Distinguer les homonymes : cela peut être utile lorsque le prénom et le nom de famille sont très courants.

Laisser un choix ultérieur : l’enfant pourra éventuellement préférer utiliser l’un de ses autres prénoms.

Rendre hommage : les prénoms supplémentaires peuvent rappeler des membres de la famille, des proches, un parrain ou une marraine.

Un choix profondément lié à notre histoire

Quelle que soit la culture, le choix d’un prénom est fortement ancré dans une histoire, un vécu et une manière de voir le monde.

Donner un prénom à son enfant n’est jamais un acte tout à fait anodin. Il le fait entrer dans une famille et dans une communauté. Qu’il s’agisse de suivre une mode, de se démarquer, de rappeler des origines familiales ou de penser à l’adulte que l’enfant deviendra, chaque choix porte une signification particulière.

Et vous, comment avez-vous choisi le prénom de vos enfants ?

Sources de l’article original

Exposition « Naissances » au Musée de l’Homme.

Venir au monde, les rites de l’enfantement sur les cinq continents, Lise Bartoli, Petite Bibliothèque Payot, édition 2007.

Cet article présente des traditions rapportées dans les sources consultées lors de sa première publication en 2009. Les pratiques peuvent varier selon les régions, les époques, les communautés et les familles.